Chemin de Compostelle 12: Yenne – Saint-Maurice de Rotherens

Le 19 octobre 2020, j’ai pris le train très tôt, car un long voyage m’attendait pour rejoindre le Camino là où je l’avais laissé 20 ans auparavant. Je suis arrivé à Genève Cornavin vers 9h30 et j’ai dû courir pour trouver l’arrêt du bus m’emmenant vers Aix-les-Bains en Savoie. J’ignorais encore qu’il existait un blabla bus desservant directement Chambéry.

Rencontre manquée avec Chambéry

Parvenu à Aix-les-Bains, le soleil d’automne brille, mais il fait tout de même très frais (8°C). J’attends quelques minutes dans cette gare de province qui n’a plus été rénovée depuis des décennies… Le contraste avec ses alter ego helvétiques n’en est que plus surprenant! Finalement, un train des années 90 finit par arriver et en moins de 10 minutes je me retrouve à Chambéry où je dispose d’une bonne heure avant le départ du bus pour Yenne à 12h25.

Chambéry, Place du Palais de Justice

Je tâche de trouver le centre-ville et j’arrive sur la Place du Palais de Justice où je me réfugie dans un café pour échapper au froid. Une demi-heure plus tard, sans avoir vu grand-chose de la ville, je me dirige vers la modeste gare routière en passant par le parc du Verney. Recroquevillé sur un banc, je dévore un sandwich préparé chez moi sous le regard envieux des pigeons!

Yenne: le début d’un sentier exceptionnel!

Après plusieurs haltes dans la périphérie peu attractive de la ville, le minibus me laisse à 13h05 à Yenne où l’office du tourisme est logiquement fermé. Une partie de ce bourg respire l’abandon et une prospérité remontant aux années 1960-1970. Depuis, plusieurs commerces ont mis définitivement la clé sous la porte et certaines maisons semblent en décrépitude…

Yenne, la Place Charles Dullin

Je me dirige vers un café pour demander par où passe le Chemin de Compostelle. Même si je ne consomme rien, le patron est très sympa et il m’envoie vers l’un de ses clients retraité qui devrait pouvoir m’aider. Il me conseille de suivre la rue principale plein ouest en direction du cimetière, ce que je fais. Je finis par trouver le GR 65 qui se superpose ici au GR 9, en l’occurrence l’étape Yenne-Grenoble du Chemin d’Assise.

Des arbres couverts de mousse jalonnent cette partie du GR65

Après une prière à la charmante Chapelle Notre-Dame-de-la-Montagne, le GR 65 suit un beau sentier boisé et nous amène 250 m plus haut au Belvédère de Pierre Châtel. D’ici, la vue sur le cours sauvage du Rhône est vraiment exceptionnelle.

Le Rhône vu depuis les hauts de La Balme en Savoie

Situé à 80% en forêt, le chemin qui passe sous le Mont-Tournier est vraiment extraordinaire: on n’y croise presque personne et seul le chant des oiseaux et le bruit du vent dans les feuilles accompagnent un pèlerin ravi! J’ai parfois eu l’impression d’être seul au monde et de ressentir la magie de la nature vierge comme devaient la vivre les néanderthaliens il y a plus de 30’000 ans.

L’impression d’être seul au monde

Vue depuis le Belvédère de la Pierre qui Vire avec le Rhône au troisième plan

Malgré la beauté du chemin, la fin de l’après-midi approchait et je n’apercevais toujours pas mon étape du soir… Je m’étais levé tôt et j’avais marché sans discontinuer depuis environ 4 heures en transportant un sac de plus de dix kilos: j’en avais ma claque comme on dit vulgairement! C’est pourquoi je mis mon pas sur « pilote automatique » et j’arrivai en fin de journée à Saint-Maurice-de-Rotherens.

Croix de Saint-Jacques aperçue avant d’arriver à Saint-Maurice-de-Rotherens

Un premier hébergement atypique

Couverture du guide
Le guide incontournable pour la Via Gebennensis

Hélas, après avoir déjà parcouru 16 km, je n’étais pas encore au bout de mes peines. Il me fallait descendre 2,5 km supplémentaires jusqu’au Mollard où m’attendait Patrick G. mon hôte du jour. J’avais trouvé ses coordonnées dans l’excellent guide Via Gebennensis 2020-2021 édité par l’Association Rhône-Alpes des Amis de Saint-Jacques.

De nature flegmatique, mais avec un regard empathique et bienveillant, il m’indiqua à ma grande surprise que je disposerais de mon propre studio indépendant pour la nuit.

Au premier étage de l’élégant corps de ferme ancien, j’avais pour moi seul un confort de roi: un séjour meublé d’une table et 4 chaises en paille, un lit métallique superposé solide, une salle de bain avec un lave-linge! ainsi qu’une cuisine entièrement équipée.

La contrepartie de cette indépendance totale était que Patrick n’allait rien mitonner pour moi. Mais, dans les buffets de la cuisine j’ai trouvé de tout: pâtes, riz, lentilles et choucroute garnie en boîte… Pour étancher ma soif, j’ai eu l’embarras du choix: diverses bières et limonades fraîches au frigo, vin rouge et blanc en berlingot! Le tout (y compris le studio) à mon entière disposition en échange de quelques dizaines d’euros: un rapport qualité-prix imbattable, sans compter que j’ai eu, au moment d’aller me coucher, à opter entre plusieurs alcools forts « maison » histoire de dormir comme une masse…

Un garde-manger bien rempli

Le lendemain, frais et dispo, j’ai enduit la baguette que j’avais décongelée la veille de trois succulentes confitures artisanales et j’ai bu autant de thé et de café que je voulais, sans rien devoir demander à personne. Comme à la maison! Un réel privilège pour un pèlerin, je m’en apercevrai plus tard.

Quand j’ai eu fini de ranger mes affaires propres! dans mon sac, j’ai fait la vaisselle et balayé le sol, histoire de laisser les lieux comme je les avais trouvés en arrivant lundi soir. Puis, j’ai écrit quelques lignes dans le livre d’or de Patrick et je suis descendu le saluer. Avec un grand sourire, il m’a aimablement proposé de m’accompagner jusqu’au hameau de Gresir où j’ai pu rejoindre le tracé officiel du Camino, exactement à 2,5 km de Saint-Maurice-de-Rotherens, soit la distance séparant la maison de Patrick du même village. Ainsi, je n’ai pas triché d’un mètre.

Pour suivre mes pas au plus près, je vous recommande vivement la carte mapy.cz de nos amis tchèques: outre sa qualité graphique, elle offre le tracé en couleur de la Via Gebennensis ce qui permet de ne pas se perdre sur le terrain si on a téléchargé l’app avant de partir. Hélas, j’ai découvert cette carte quelques semaines après mon retour en parcourant radiocamino l’incontournable site de Sylvie, la pèlerine wallonne bien connue de la compostellosphère.

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